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8 Juin 2026

Déclaration conjointe : Les Égyptiens méritent de pouvoir jouir des droits humains, et non d'un statu quo fragile soutenu par l'UE

Deux ans après le lancement du partenariat stratégique et global entre l'Union européenne et l'Égypte, aucun progrès significatif n'a été enregistré en matière de droits humains, de démocratie ou d'État de droit en Égypte, alors même que les avancées dans ces domaines avaient été présentées comme une condition essentielle à l'octroi par l'Union européenne d'une aide macro-financière de 5 milliards d'euros. « La répression ne cesse de s'intensifier, sapant ainsi l'objectif déclaré de l'Union européenne de promouvoir la stabilité en Égypte », ont déclaré les organisations signataires à la veille de la réunion du Conseil d'association UE-Égypte prévue le 15 juin 2026.

La fermeture persistante de l’espace public, les arrestations et détentions arbitraires massives, ainsi que l'exclusion des acteurs politiques et sociaux indépendants menacent la stabilité à moyen terme du pays. Une gouvernance fondée sur la peur, des mesures d'urgence et la répression systématique de la dissidence pacifique peut certes imposer un calme de courte durée, mais elle aggrave le mécontentement de la population, affaiblit les institutions, alimente la fragmentation sociale et sape l'État de droit indispensable à une gouvernance durable. Les interventions menées par l'État dans les principaux secteurs économiques se caractérisent par un manque de transparence et la mise à l'écart des autorités civiles et des représentants des travailleurs, ce qui porte atteinte aux droits socio-économiques des travailleurs, de leur famille et des communautés marginalisées. Les ingérences répétées du pouvoir exécutif dans le processus électoral nuisent encore davantage à la crédibilité des institutions de l'État. Ces dynamiques sont particulièrement dangereuses dans un contexte marqué par de fortes pressions économiques, une instabilité régionale et des vulnérabilités croissantes chez les réfugiés et les communautés marginalisées. En considérant la répression comme compatible avec la stabilité, l'UE risque de renforcer un statu quo fragile qui peut sembler ordonné en apparence, mais qui, avec le temps, devient de plus en plus instable et de moins en moins résilient.

L'UE et ses États membres devraient profiter de la réunion du Conseil d'association UE-Égypte pour exhorter l'Égypte à engager de véritables réformes et veiller à ce que ces préoccupations soient clairement prises en compte dans le premier rapport annuel de la Commission européenne sur l'aide macro-financière de l'UE à l'Égypte.

Ces dernières années, les autorités égyptiennes ont affirmé que la situation des droits humains s’améliore, en mettant en avant des mesures telles que l'adoption de la « stratégie nationale en matière de droits humains », le rôle du Conseil national des droits de l'homme (organisme para-étatique), la promulgation de nouvelles lois (qui n'ont pour l'instant eu aucun impact positif tangible et constituent en réalité de graves menaces pour les droits humains ou l'État de droit), ainsi que des grâces présidentielles accordées à un nombre limité de détenus. Ces mesures, essentiellement symboliques, ont été présentées à maintes reprises comme des preuves de réforme. Si les déclarations publiques de l'UE semblent souvent confirmer ce narratif, aucun progrès concret n'a été observé en Égypte en matière d'État de droit ou de droits humains.

Le recours aux disparitions forcées et à la torture, qui aboutissent parfois à la mort, reste systématique et généralisé ; l'impunité dont bénéficient les forces de sécurité pour ces crimes est quasi totale. Le recours punitif aux détentions arbitraires massives dans des conditions épouvantables se poursuit, tout comme la répression de la liberté de la presse ; en 2025, l'Égypte comptait 18 journalistes derrière les barreaux, conservant ainsi son statut, depuis des années, de l'un des pays qui emprisonnent le plus de journalistes au monde, et continuant à procéder à des arrestations à titre de représailles contre des journalistes et les membres de leur famille. La répression de la liberté d'association, des manifestations pacifiques et de la dissidence – souvent par le biais d'une utilisation abusive de la législation antiterroriste – continue. Il en va de même pour la répression à l'encontre des défenseur⸱ses des droits humains, des figures de l'opposition pacifique, des universitaires, des syndicats indépendants, des personnes LGBTQI+ et des minorités religieuses. Même les mineurs sont pris pour cible en raison de leurs activités de jeux en ligne. La violence sexiste, les inégalités entre les genres et la discrimination restent très répandues.

Aucune mesure n'a été prise pour enquêter sur les fosses communes du Sinaï mises en évidence par des rapports de la société civile en 2025. Les autorités égyptiennes continuent de faire fi de l'État de droit, comme en témoignent le déni généralisé des procédures régulières et les procès inéquitables, ainsi que les pratiques de rotation des dossiers et de double incrimination, qui constituent toutes des violations des garanties constitutionnelles égyptiennes en matière de droits et des engagements internationaux relatifs aux droits humains. L'Égypte a adopté un nouveau Code de procédure pénale draconien, dénoncé par les experts de l'ONU et la société civile indépendante ; suite à la pression internationale et au renvoi du texte par le président devant le parlement, ce dernier n'a pas remédié aux éléments les plus problématiques et s'est contenté de reporter son application d’un an, à l'issue duquel le président l'a promulgué.

En fait, la situation des droits humains en Égypte s'est détériorée depuis le lancement du partenariat UE-Égypte en 2024. On a recensé une augmentation des cas de répression transnationale à l'encontre d'Égyptiens à l'étranger, y compris sur le territoire de l'Union européenne. Environ 6 000 personnes ont été renvoyées devant les tribunaux antiterroristes au cours d'une période de huit mois, entre fin 2024 et mai 2025 — dont beaucoup après avoir passé de longues périodes en détention provisoire. Le militant des droits humains Alaa Abdelfattah a été libéré en 2025 après de longues années de détention arbitraire et d'emprisonnement injustifié, mais de nombreux prisonniers d'opinion ou prisonniers politiques ont été récemment de nouveau placés en détention ou arrêtés après leur libération, comme Ahmed Douma, Ismail Alexandrani et Sayed Moshagheb.

Les violations des droits humains n’affectent pas seulement les citoyens égyptiens, mais aussi les demandeurs d'asile et les réfugiés, en particulier les ressortissants soudanais, qui sont victimes d'une vague croissante d'arrestations arbitraires massives suivies d'expulsions illégales vers leur pays déchiré par la guerre ; le nombre de décès avérés en détention est en hausse. Depuis décembre 2025, ces pratiques se sont considérablement intensifiées, semant la panique parmi les réfugiés et les demandeurs d'asile soudanais en Égypte et poussant certains à fuir vers la Libye et l'Europe. 

La démocratie reste largement absente en Égypte depuis l'adoption, en 2024, du partenariat UE-Égypte, bien que l'aide macro-financière de 5 milliards d'euros accordée par l'UE soit officiellement subordonnée à la condition que l'Égypte prenne « des mesures concrètes et crédibles en faveur du respect de mécanismes démocratiques efficaces – notamment un système parlementaire multipartite –, de l'État de droit et des garanties relatives au respect des droits humains ». Au contraire, les élections législatives de 2025 se sont déroulées dans un espace public restreint, soumis à de sévères restrictions qui ont empêché toute participation politique significative ; tout comme les détracteurs des politiques gouvernementales et les dissidents pacifiques sont muselés, l'organisation politique indépendante est également réprimée. Les services de sécurité contrôlent pratiquement la scène politique, tandis que le Parlement se contente le plus souvent d'approuver sans discussion les décisions de l'exécutif. Cette même assemblée législative débat actuellement de lois importantes susceptibles d'avoir des répercussions considérables sur la population – notamment les lois sur le statut personnel – et devrait, vraisemblablement, modifier la Constitution égyptienne afin de supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels, mettant ainsi fin à toute perspective de transition pacifique en Égypte.

La Commission européenne et le SEAE doivent mieux rendre compte de cette situation alarmante dans leur évaluation des « conditions politiques préalables » à l'opération d'aide macro-financière de 2025 en faveur de l'Égypte, dans le cadre de leur premier rapport annuel de mise en œuvre adressé au Parlement européen (PE) et au Conseil. Il est essentiel que les institutions de l'UE ne minimisent pas le bilan de l'Égypte et, au contraire, abordent les questions relatives à l'État de droit, à la démocratie et aux droits humains avec davantage de fermeté qu'elles ne l'ont fait dans la note d'information que la Commission a transmise au Parlement européen et au Conseil en janvier 2026, lors du versement de la première tranche de fonds dans le cadre de cette opération. Les manifestations publiques de soutien qui ignorent la réalité des violations actuelles risquent d'encourager les autorités à commettre de nouvelles violations et pourraient rendre l'UE complice des graves atteintes commises dans le pays.

Il y a deux ans et demi, le commissaire à l'Élargissement et à la Politique européenne de voisinage, M. Várhelyi, a qualifié cette période d’« âge d’or » des relations entre l’Union européenne et l’Égypte. À moins que l'Union européenne et les États membres n'exercent des pressions sur l'Égypte pour qu'elle améliore la situation des droits humains, cet « âge d'or » risque de se transformer en une période marquée par une répression et une instabilité croissantes.

Signataires :

  • Cairo Institute for Human rights Studies (CIHRS)
  • Egyptian Front for Human Rights
  • Egyptian Human Rights Forum (EHRF)
  • CIVICUS
  • EuroMed Rights
  • CNCD-11.11.11
  • Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH)
  • Law and Democracy Support Foundation e.V. (LDSF)
  • ANKH Association (Arab Network for Knowledge about Human Rights)
  • EgyptWide for Human Rights
  • Front Line Defenders (FLD)
  • Organisation Mondiale contre la torture (OMCT)
  • Committee to Protect Journalists (CPJ)
  • Pen International
  • Sinaï Foundation for Human Rights