Inquiétudes quant à la détérioration de l'état de santé du défenseur des droits humains Enaâma Asfari, qui entame sa quatrième semaine de grève de la faim illimitée
Front Line Defenders est profondément préoccupée par la détérioration rapide de l'état de santé du défenseur des droits humains sahraoui Enaâma Asfari, qui en est à sa quatrième semaine d'une grève de la faim illimitée entamée le 8 juin 2026.
Enaâma Asfari est un éminent défenseur des droits humains sahraoui et vice-président du Comité pour les libertés et le respect des droits de l’homme au Sahara occidental (CORELSO). Depuis de nombreuses années, il documente et dénonce pacifiquement les violations des droits humains perpétrées au Sahara Occidental, et il plaide en faveur des droits du peuple sahraoui. Il fait partie des « prisonniers de Gdeim Izik » qui ont été arrêtés avant, pendant et après le démantèlement de la manifestation pacifique dans le camp de Gdeim Izik le 8 novembre 2010. Il a été arrêté le 7 novembre 2010, la veille du démantèlement. Il a passé cinq jours dans un lieu inconnu, où il a été détenu avec les yeux bandés et menotté. Il affirme avoir signé des déclarations et des aveux sous la torture. En 2017, Enaâma Asfari a été condamné à 30 ans de prison par la cour d'appel de Salé.
Avant d'entamer sa grève de la faim illimitée le 8 juin 2026, Enaâma Asfari a déjà mené trois grèves de la faim distinctes de 48 heures chacune au cours du mois de mai 2026, qui sont toutes restées sans réponse de la part des autorités marocaines. Le défenseur a entamé une grève de la faim pacifique pour exiger l’application de l'avis rendu en 2023 par le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (WGAD).
Dans son avis de 2023, le WGAD déclarait que la privation de liberté subie par les prisonniers de Gdeim Izik est arbitraire, dans la mesure où elle contrevient aux articles 3, 9 et 10 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi qu’aux articles 9 et 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; elle relève donc des catégories I et III de la classification des détentions arbitraires établie par le WGAD. En outre, il exhortait les autorités marocaines à libérer rapidement le groupe de détenus, qui comprend des défenseur⸱ses des droits humains et des journalistes du Sahara Occidental. Les détenus, connus sous le nom de « prisonniers de Gdeim Izik », ont été victimes de graves violations, notamment le déni de leur droit à bénéficier de l'assistance d'un avocat, l'utilisation d'aveux obtenus sous la torture, ainsi que le manque d'impartialité et d'indépendance du tribunal.
Depuis qu’il a entamé sa grève de la faim, Enaâma Asfari est détenu à l'infirmerie de la prison de Kénitra, dans des conditions qui seraient restrictives. Lors d'un bref appel téléphonique avec sa famille, il a déclaré qu'on ne lui accordait qu'une heure d'exercice en plein air par jour. Par ailleurs, bien qu’il ait accès à des livres, il se voit refuser des objets basiques, tels qu’une lampe, une table ou une chaise. Après près de 12 jours de grève de la faim, il a déjà perdu cinq kilos. Malgré la détérioration de son état physique, il aurait déclaré que « son esprit continue de fonctionner » et qu'il puise sa force dans la philosophie stoïcienne. Sa santé fragile reste toutefois extrêmement préoccupante.
Front Line Defenders reste préoccupée par les informations faisant état de négligence médicale, de représailles et d’autres formes de mauvais traitements à l’encontre des défenseur⸱ses des droits humains sahraouis incarcérés, et rappelle aux autorités marocaines leur responsabilité de protéger la santé et la vie de ces défenseur⸱ses.
Front Line Defenders estime que les mauvais traitements infligés à Enaâma Asfari et aux autres prisonniers de Gdeim Izik, ainsi que leur maintien en détention, sont uniquement liés à leur travail légitime et pacifique en faveur des droits humains.
Front Line Defenders exhorte les autorités marocaines à :
- Libérer immédiatement Enaâma Asfari et les autre membres détenus du groupe de Gdeim Izik, et à appliquer l’avis du Groupe de travail sur la détention arbitraire ;
- Veiller à ce qu’Enaâma Asfari ait immédiatement accès à des soins médicaux adéquats, indépendants et spécialisés, de son choix, et garantir son intégrité physique et psychologique tant qu’il est en détention ;
- Mettre fin à toutes formes de représailles, de négligence médicale, de mauvais traitements et de traitement discriminatoire à l'encontre des défenseur⸱ses des droits humains sahraouis emprisonnés, et veiller à ce qu'ils puissent régulièrement voir leurs familles, consulter leurs avocats et bénéficier de soins adéquats ;
- Mener des enquêtes rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur toutes les allégations de torture et de mauvais traitements, veiller à ce que les responsables répondent de leurs actes et exclure de la procédure judiciaire tout élément de preuve ou tout aveu obtenu sous la torture, conformément aux obligations incombant au Maroc en vertu de la Convention contre la torture ;
- Garantir qu’en toutes circonstances tous les défenseur⸱ses des droits humains au Sahara occidental et sur l'ensemble du territoire marocain puissent mener leurs activités légitimes en faveur des droits humains librement et en toute sécurité, sans craindre d’acharnement judiciaire, de détention arbitraire, d'intimidation ou de représailles.

