Les autorités marocaines intensifient l'isolement et le harcèlement des défenseur⸱ses des droits humains sahraouis au Sahara occidental occupé
Front Line Defenders condamne le schéma incessant de harcèlement, d'intimidation, de siège, de détention arbitraire et de transferts forcés dont sont victimes les défenseur⸱ses des droits humains sahraouis au Sahara occidental occupé. L'organisation s'inquiète tout particulièrement du recours croissant à des mesures d'isolement et de restriction de la liberté de circulation visant à empêcher les actions de solidarité, à entraver le suivi du respect des droits humains et à sanctionner les défenseur·ses qui militent en faveur du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.
Depuis la nuit du 19 mai 2026, les forces marocaines assiègent de fait le domicile du défenseur des droits humains sahraoui Houssein Mojahid à Laâyoune, ville occupée, où Ali Salem Tamek, président du Collectif des défenseurs sahraouis des droits humains au Sahara occidental (CODESA), séjournait avec son épouse et son jeune fils. Les autorités auraient encerclé la maison, empêchant les défenseurs et leurs proches d'y entrer, et coupé l'électricité.
Il convient de noter qu'Ali Salem Tamek et sa famille vivent actuellement chez Houssein Mojahid, après avoir été contraints de quitter leur ancien domicile en raison des pressions constantes exercées par les autorités d'occupation marocaines sur le propriétaire. Cette maison servait à accueillir des activités organisées par le CODESA, dont les membres subissent toujours des restrictions à la liberté de réunion pacifique, des actes de harcèlement et des entraves à leur travail en faveur des droits humains au Sahara occidental occupé.
Par ailleurs, la vice-présidente du CODESA, Khadijetou El Dweihi, fait l'objet d'une surveillance constante et d'actes d'intimidation aux abords de son domicile.
Ces incidents font suite à des représailles similaires survenues à Boujdour après la libération, le 16 avril 2026, du défenseur sahraoui et leader du mouvement étudiant Abdelmoula El Hafedh, après dix ans de détention pour des motifs politiques. Les autorités marocaines auraient imposé un siège de cinq jours autour du domicile familial afin d'empêcher les défenseurs des droits humains, les militants et les civils de lui rendre visite ou de l'accueillir après sa libération. Le 4 mai 2026, Abdelmoula El Hafedh aurait été interpellé par la gendarmerie et les forces auxiliaires marocaines près de Boujdour, interrogé au sujet de ses activités en faveur des droits humains, puis abandonné à environ 60 kilomètres de là sans aucune explication.
La défenseuse des droits humains sahraouie Elouara Khaya, sœur de la célèbre défenseuse Sultana Khaya, a été agressée et expulsée de force le 17 avril 2026 après s'être rendue à Boujdour pour accueillir Abdelmoula El Hafedh.
Le 9 mai 2026, la défenseuse sahraouie Leila Lili a été enlevée dans un hôtel de Boujdour par des policiers marocains en civil et transférée de force à Laâyoune sans avoir été autorisée à récupérer ses effets personnels.
Par ailleurs, selon les informations reçues par la section locale du CODESA à Dakhla, le défenseur sahraoui et jeune membre du CODESA Boujemaa Benmoussa, a également été interpellé par les autorités d'occupation marocaines le 11 mai 2026 alors qu'il revenait des camps de réfugiés sahraouis. Il aurait été interrogé pendant plusieurs heures au sujet de ses activités en faveur des droits humains et de son soutien au droit à l'autodétermination du peuple sahraoui, et aurait été menacé et insulté, et ses effets personnels lui ont été confisqués.
Ces incidents reflètent un schéma croissant visant à empêcher les défenseur⸱ses des droits humains qui ne sont pas originaires de Boujdour d'entrer dans la ville ou d'y rester, dans le but manifeste d'isoler les DDH locaux et de restreindre la surveillance indépendante de la situation des droits humains.
Front Line Defenders estime que ces incidents témoignent d'une pratique systématique de représailles et de punitions collectives visant les défenseur⸱ses des droits humains sahraouis au Sahara occidental occupé.
Front Line Defenders exhorte les autorités marocaines à :
- Mettre immédiatement fin à toutes les formes de harcèlement, de siège, d'intimidation et de restrictions visant les défenseur⸱ses des droits humains et leurs familles ;
- Mettre fin au recours à la détention arbitraire, aux transferts forcés et aux mesures d'isolement à l'encontre des DDH sahraouis ;
- Garantir l'intégrité physique et psychologique de tous les défenseur⸱ses des droits humains sahraouis ;
- Veiller à ce que les défenseur⸱ses des droits humains au Sahara occidental puissent mener à bien leur action pacifique et légitime sans craindre de représailles.



